Mardi 20 mai 2008
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Avant de vous faire découvrir le début de ce livre,
j'aimerais vous en faire découvrir un extrait : « Légende elvique » les elves (où elvétines) sont l’équivalent des elfes que nous connaissons, il faut cependant lire le
début du livre pour comprendre pourquoi ils se nomment comme cela mais ce n’est pas très important ici.
Cette histoire commence il y a bien longtemps, plus longtemps que tout ce qu’on peut imaginer, à une époque, où la vie des
elves n’était pas encore ce qu’elle est aujourd’hui. En ces temps là, les elves étaient de très bons magiciens, certes, mais leur apparence était différente. Nul n’aurait pu différencier un elve
d’un homme ou d’un autre Elnien, sinon par la forme subtilement pointue de ses oreilles. Notre histoire se passe à Inyolena, une terre très éloignée d’ici, au Nord, par delà l’Envéa et au-delà la
cité. Loin se trouve, Inyolena, la terre des elves. C’est une terre magnifique, le
plus splendide des territoires…
Lorsqu’on s’avance vers ces terres, on se trouve face à une imposante masse forestière qu’il faut traverser. A
la lisière, la forêt s’élève à plusieurs dizaines de mètres. L’orée une fois franchie, vous sombrez dans une atmosphère sombre et lugubre. Les arbres sont anciens et le sol recouvert d’une épaisse
couche de ronces. En certains endroits l’enchevêtrement des branches forme des plafonds infranchissables. Seuls quelques rayons de soleil timides, parfois, parviennent à se faufiler entre les
nombreuses couches de feuilles. Le silence funèbre et morne souligne cette ambiance humide et froide. Une épaisse couche de brouillard se maintient au dessus du sol. C’est la forêt du Terdenn. La
traversée sinistre se prolonge pendant plusieurs kilomètres, au cours desquels la vue ne change pas. Pour celui qui ignore où il est, ce paysage ténébreux est synonyme de désespérance. Pourtant si
l’on continue tout droit, bientôt et très soudainement le paysage change. Lorsqu’on arrive en pleine journée, il faut se protéger les yeux de l’éclat de la lumière. Mais une fois accommodés à
celle-ci, ils peuvent alors se poser sur Inyolena, terre des elvétines.
Jamais vous n’avez vu de terre qui soit aussi colorée. La végétation diversifiée porte de petites fleurs
d’innombrables couleurs. L’ensemble de la plaine est vallonné de collines verdoyantes et fleuries. Cette flore forme des parterres et des massifs, dégageant les plus merveilleux parfums. De petits
chemins, ornés eux aussi de verdure colorée, parcourent l’entièreté de la ville. Entre ces buttes se dressent des structures verticales constituant les habitations des elves. Ce sont des structures
de calcaire, qui ont toujours existé. Les elves ont aménagé ce que la nature avait créé. Ces constructions s’élèvent en colonnes, plus ou moins larges, à quelques mètres au-dessus du sol. Certaines
sont recouvertes, elles aussi, de végétation, lierre, vigne et autres plantes très diverses. Même si, en été il fait chaud, l’abondance de la végétation rafraîchit. L’hiver, le paysage est plus uni
et monotone, mais la neige sur la végétation persistante forme un merveilleux manteau blanc. Tel est Inyolena, la terre des elves.
C’est ainsi qu’est Inyolena aujourd’hui et c’est ainsi qu’était Inyolena au temps de notre récit.
Le guérisseur de l’époque avait une fille, Elméane. Elle était la meilleure des apprentis guérisseurs, non parce que c’était
sa fille mais parce qu’elle travaillait jour et nuit, afin de ne pas décevoir son père. Elle consacrait son temps à son travail, en s’isolant au pied d’un très vieil arbre dans une des plaines
d’Inyolena. Elle y passait des après-midi entiers à mémoriser le rôle des herbes, des plantes, des huiles, les formules à réciter. Un jour d’été où elle y étudiait, dans la chaleur qui régnait tout
autour d’elle, subitement un terrible orage éclata. De grosses gouttes d’eau tombèrent brusquement du ciel. La plaine se trouvait à quelques minutes à peine de chez elle. Elle était à l’abri sous
son arbre, pour le moment, mais bientôt l’eau glisserait entre les feuilles et finirait par l’atteindre. Elle rassembla ses notes et les protégea du mieux qu’elle put puis se leva précipitamment.
Elle s’engagea sous l’épaisse pluie, les lourdes perles d’eau s’écrasèrent sur sa tête et ses épaules. Elle fut bientôt trempée. Alors qu’elle courait, quelque chose attira son attention, un peu
plus loin à sa droite. Elle crut apercevoir une masse tomber sur le sol. Intriguée, Elméane ralentit le pas et s’approcha précautionneusement. Elle inspecta le sol entre les hautes herbes. L’eau
coulait dans son cou et l’étoffe de sa tunique trempée collait à la surface de sa peau. Elle continua de s’approcher et remarqua quelque chose dans l’herbe. Elle s’avança encore. C’était un
papillon, qui s’était laissé surprendre par la pluie. Il n’arrivait plus à séparer ses ailes mouillées. Elle le ramassa délicatement, le protégea et reprit sa course vers chez elle. Elle rentra
dans l’étrange colonne de calcaire qui lui servait de demeure par une petite porte qui donnait sur un escalier en colimaçon. Celui-ci débouchait sur l’unique pièce. Elle jeta ses notes sur son lit
et, d’une formule, alluma le feu dans la cheminée. Elle prit une feuille de papier vierge sur son bureau et s’assit devant le foyer. Elle posa le papier devant elle et déposa délicatement le petit
papillon, qui était toujours trempé. Elle l’observa un instant :
–
Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer.
Elle alla chercher une tige de bois très fine, et prit soin de détacher les deux ailes de l’animal l’une de l’autre, sans
les abîmer. Elle y parvint sans trop de difficulté. Elle l’empêcha ensuite de refermer les ailes, quelques minutes, le temps qu’elles soient parfaitement sèches. Elle le redéposa sur la feuille
de papier et l’observa attentivement. Le papillon resta quelques secondes immobile puis se dressa sur ses six pattes. Il fit battre ses ailes plusieurs fois, puis tourna la tête vers Elméane
comme pour la regarder.
–
Je t’avais dit que tout irait bien, dit-elle en souriant.
Elle regarda par la fenêtre et vit que la pluie venait de s’interrompre avant d’ajouter :
–
Tu pourras bientôt repartir.
Le papillon s’envola alors subitement, vint se poser sur le bras d’Elméane et étendit ses ailes. Elles avaient la couleur de
la nuit et étaient ornées de subtils motifs ambrés, dont l’un semblait évoquer quelque chose dans l’esprit d’Elméane : la rose des vents. Elle se leva, le papillon toujours posé sur le bras
et s’assit devant son bureau en prenant un livre qu’elle feuilleta rapidement. Elle s’exclama alors :
–
Voilà ! Elle avait trouvé la page avec le dessin du papillon, elle lut rapidement les quelques
lignes.
–
L’Opsioni est un animal légendaire. C’est le plus sublime de tous les animaux mythologiques. Doté des pouvoirs
les plus surnaturels qu’il existe, on l’appelle aussi papillon de la mort car il possède un aiguillon doté d’une glande à venin mortel… Nul ne l’a jamais vu, pas même aperçu. Il est connu pour
son orgueil, aucune autre créature ne fut assez digne pour pouvoir l’apercevoir. Certaines légendes racontent que son aiguillon lui servait à condamner de telles créatures… Ses yeux se posèrent
sur l’Opsioni, toujours sur son bras, puis parcoururent à nouveau les lignes de texte, comme si elle n’avait pu en saisir le sens la première fois :
–
Papillon de la mort, tu m’as pourtant l’air inoffensif.
Elle frôla ses ailes qui étaient jointes au-dessus de son corps.
Soudain elle réalisa :
–
Nul ne l’a jamais vu… Comment est-ce possible ? Elle sourit. Il faut que j’aille prévenir père, c’est une
découverte inestimable.
Elle prit l’animal et le posa sur le bureau, se leva et se dirigea vers l’escalier. Brusquement l’Opsioni s’envola et vint
virevolter en cercle devant Elméane l’empêchant d’avancer. Celle-ci s’arrêta :
–
Mais que fais-tu ?
L’animal immobilisa son vol dans les airs à hauteur du visage de la jeune fille et plongea son regard facetté dans celui
d’Elméane, qui comprit alors :
–
Tu ne veux pas qu’on connaisse ton existence, mais pourquoi ?
Elle sentit soudain quelque chose d’étrange et perçut des mots extérieurs à sa propre conscience
mais qu’elle ne put distinguer clairement avant de s’évanouir…
Elle resta plusieurs heures inconsciente. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, une sensation étrange se répandit en elle. Elle regarda autour d’elle, l’Opsioni reposait sur le sol, sans vie. Elle
ramassa l’animal et le déposa dans une petite boite de verre sur le bureau. Elle remarqua alors une étrange marque sur son poignet gauche, elle l’examina et reconnut la rose des vents, d’une
couleur nuit, gravée profondément dans sa chair. Elle s’inspecta autant qu’elle le put mais ne trouva aucune autre marque et, hormis cette sensation étrange qui l’habitait toujours, elle se
sentait plutôt… bien.
Quelque mois plus tard naissait Armiale, première de la lignée des elves que nous connaissons aujourd’hui. Ses ailes attirèrent tout d’abord les regards. Il s’avéra que celles-ci étaient trop
délicates pour pouvoir supporter son poids. Mais l’avenir prouverait que l’Opsioni lui avait transmis bien plus que ces ailes. Plus elle grandissait, plus sa beauté s’épanouissait. Elle développa
rapidement des pouvoirs surnaturels qui surpassaient de loin ceux des autres elves. Mais plus encore, la dignité et l’orgueil de l’Opsioni se transposèrent en elle. Elle était différente des
autres. En grandissant, elle devint digne, solennelle et détachée de toute forme d’émotion, comme si rien ne pouvait atteindre son cœur. Cette disposition se transmit aux générations suivantes et
se répandit lentement d’abord, puis plus rapidement, générant cette nouvelle lignée.
Elméane ne sut d’abord pas pourquoi l’Opsioni lui avait fait un tel don mais plus tard, sa mémoire retrouva des bribes de ce qui s’était passé cette nuit là et elle se souvint alors de paroles
qu’il lui semblait ne jamais avoir entendues.
Elle se voyait allongée sur le sol, le jour de cette rencontre étrange, lorsqu’elle était tombée inconsciente. Elle vit l’Opsioni posé sur la face supérieure de son poignet gauche, retirer
délicatement son aiguillon enfoncé profondément dans sa peau. Une tache foncée apparut à l’endroit de la piqûre avant de se modeler en une rose des vents. L’animal voleta au-dessus de son visage
et Elméane entendit une voix :
–
C’est à ton tour de ne pas t’inquiéter, tout se passera bien. Vois-tu, je suis
le dernier Opsioni qui existe encore. Afin que nos pouvoirs ne tombent pas dans l’oubli, j’ai reçu la vie éternelle, ou plutôt il m’a été permis de vivre jusqu’à ce que je trouve quelqu’un
d’assez digne pour recevoir ce présent qu’est l’héritage de notre savoir. J’ai cherché longtemps, crois-moi, et c’est toi que j’ai choisi. Ne me demande pas pourquoi, ne te demande pas pourquoi,
il en est ainsi. Je n’ai jamais été plus certain qu’en cet instant d’avoir trouvé la bonne personne. Aujourd’hui je sais que notre patrimoine est en sécurité avec toi et qu’il permettra aux elves
d’accomplir de grandes choses. Je peux mourir en paix et je suis très honoré de t’avoir rencontré, Elméane. Adieu.